Aux Lilas, les sales manœuvres d’un fonds vautour

La lutte sociale des travailleurs de RLD a donné lieu à un intéressant reportage de l’hebdomadaire Politis. Voici un extrait de cet article. Politis est en vente dans tous les kiosques et on peut s’abonner en ligne ici.

Extrait:

Quelques employés en blouse blanche traversent la rue des Bruyères pour rejoindre l’un des deux grands bâtiments de Régie linge développement (RLD), la blanchisserie industrielle des Lilas, en Seine-Saint-Denis. Les façades sont couvertes de tracts et de tissus accrochés aux fenêtres par les salariés, engagés dans un mouvement social qui a débuté en décembre par une semaine de grève, après l’annonce par le groupe RLD d’un projet de fermeture de l’usine.

RLD

Cible de la plupart des slogans, le « fonds vautour » Vermeer Capital Partners. C’est l’actionnaire principal de RLD, spécialisé dans l’entretien de vêtements, de linge et d’équipements d’hygiène, qui compte plus de deux mille salariés. « Le seul but de ce prédateur [devenu actionnaire principal en 2013] est d’effectuer de l’achat et de la revente de sites industriels afin d’augmenter ses profits pour distribuer des dividendes à ses actionnaires. Ne comptons pas sur [lui] pour avoir des états d’âme sur nos conditions de travail et nos emplois », assure l’intersyndicale CGT, CFDT et FO du site. Bruce Kalonji, préparateur de commandes et délégué syndical CGT, entre dans l’usine. Des centaines de bleus de travail et de blouses défilent sur des porte-manteaux mobiles. D’autres habits sont pliés dans des chariots sur roulettes et entreposés par des salariés. Les noms de grandes entreprises et d’établissements de santé apparaissent sur les pièces alignées par dizaines sur des cintres. « Ici, on traite 50 tonnes de vêtements, de draps et de tapis par an. On peut aller jusqu’à 70 tonnes. C’est une usine très rentable », expliquent le magasinier Abdel Belghache, délégué CGT, et son collègue de la CFDT, responsable hygiène. Bruce relativise : « Aujourd’hui, on tourne à 30 % de nos capacités. C’est deux heures, trois heures de travail par jour, pas plus, alors qu’on a eu plus de mille clients ! » Des machines sont arrêtées et certains salariés s’occupent comme ils peuvent. « Ils ont déplacé des clients des pôles santé sur d’autres sites, par exemple à Épinay-sous-Sénart. On est là pour être payés, mais on n’a pas de boulot. Pourtant, il y a encore quelques mois, l’usine tournait bien », se désole Josette, agent de maîtrise. « Ici, 80 % des salariés ont un salaire à peine supérieur au Smic, assurent Abdel Belghache et deux autres syndicalistes. Mais les cadres gagnent beaucoup plus, environ 5 000 euros. »

Sébastien Nkounkou, qui travaille à l’expédition, attend avec inquiétude la réponse de la direction régionale du travail, laquelle doit étudier la validité du plan social dans une quinzaine de jours : « On a créé une famille ici. On se connaît tous. Se séparer, cela fait mal au cœur. » Bisa Pavic, 63 ans, parvient à garder le sourire. Elle raconte, tout en pliant des blouses : « Je suis arrivée de Serbie en 1972. Cela fait quarante ans que je travaille aux Lilas. J’habite à côté et je n’irai pas travailler ailleurs. » Elle fait allusion au plan de sauvegarde l’emploi (PSE), qui propose une mutation à 62 salariés, 10 autres devant être licenciés. « La moitié des employés sont âgés de plus de 50 ans et un tiers ont plus de 20 ans d’ancienneté, relève Mathieu Agostini, conseiller municipal du Parti de gauche aux Lilas. Proposer une mutation sur un site très éloigné ou des primes dérisoires au déménagement revient à parler d’un plan de licenciements déguisé. » Le transfert d’activité « est envisagé sur les sites des Mureaux, du Plessis-Pâté, d’Épinay-sous-Sénart et de Châtenay-Malabry », indique l’intersyndicale. Danièle, agent de production, 38 ans « de boîte et de bons et loyaux services », ne se voit pas sur un autre site : « C’est loin. Il y a trois heures de transport. À 59 ans, ce n’est pas envisageable. » Abdel Belghache ajoute : « On ne va pas se leurrer. Regardez l’état du marché du travail aujourd’hui ! C’est quasi impossible pour nous de retrouver du boulot. » « Le PSE est très loin du minimum légal, renchérit Mathieu Agostini.»

Lire la suite de l’article sur le site de Politis

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *